WHOIS et RDAP : deux protocoles, une même question

WHOIS a plus de quarante ans et renvoie du texte libre. RDAP renvoie du JSON structuré. Les deux répondent à la même question — qui détient ce domaine — mais pas de la même façon, ni avec les mêmes données.

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Quand vous interrogez un nom de domaine, deux protocoles peuvent répondre. Le résultat vous paraîtra identique — un propriétaire, des dates, des serveurs de noms — mais ce qui se passe derrière n’a rien à voir, et cela explique la plupart des différences que vous constaterez d’une extension à l’autre.

WHOIS : du texte, sur un port ouvert en 1982

WHOIS est l’un des plus vieux services d’Internet encore en activité. Le principe tient en une phrase : on ouvre une connexion TCP sur le port 43 du serveur du registre, on envoie le nom de domaine suivi d’un retour à la ligne, et le serveur répond par du texte brut avant de fermer la connexion.

C’est d’une simplicité redoutable. C’est aussi le problème.

Le texte n’a pas de format normalisé. Chaque registre présente ses données comme il l’entend. Un registre écrira Expiry Date:, un autre Registry Expiry Date:, un troisième paid-till:. Les dates elles-mêmes varient : 2027-03-24, 24-Mar-2027, 20270324. Le protocole ne dit rien de tout cela — il transporte des octets.

Conséquence directe : tout outil WHOIS sérieux embarque un analyseur par famille de registres, et ces analyseurs cassent quand un registre change sa mise en forme. C’est un travail d’entretien permanent, invisible pour l’utilisateur jusqu’au jour où un champ disparaît.

Il n’y a pas non plus d’authentification, ni de chiffrement, ni de pagination, ni d’internationalisation. Le port 43 transporte du texte en clair. Rien n’indique dans quel encodage, ce qui explique les caractères accentués parfois mal rendus dans les WHOIS anciens.

RDAP : la même question, en JSON sur HTTPS

RDAP — Registration Data Access Protocol — est le successeur normalisé par l’ICANN. Il répond aux mêmes besoins avec les outils du web moderne :

  • HTTPS au lieu du port 43 : chiffré, cacheable, traversant les pare-feux d’entreprise sans configuration particulière.
  • JSON structuré au lieu de texte libre : les champs ont des noms définis par la norme, les dates sont en ISO 8601, les statuts sont les codes EPP standard.
  • Codes HTTP explicites : un 404 signifie que le domaine n’existe pas, un 429 que vous interrogez trop vite. Là où le WHOIS oblige à deviner à partir du texte (« No Object Found », « NOT FOUND », « is free »…), RDAP le dit dans le statut de la réponse.
  • Un point d’entrée unique : l’IANA publie un annuaire qui associe chaque extension au serveur RDAP de son registre. Plus besoin d’une table de serveurs à tenir à jour.

Pour un outil, la différence est énorme : un analyseur RDAP tient en quelques dizaines de lignes et ne casse pas quand un registre modifie sa présentation.

Ce que le RGPD a changé — et n’a pas changé

C’est la question qui revient le plus souvent : « pourquoi je ne vois plus le nom du propriétaire ? »

Avant 2018, le WHOIS des domaines génériques (.com, .net, .org…) affichait publiquement le nom, l’adresse postale, le téléphone et l’e-mail du titulaire. Le RGPD a rendu cette publication illégale pour les personnes physiques résidant dans l’Union européenne, et l’ICANN a répondu par une politique de masquage généralisé : la plupart des registres masquent désormais les coordonnées personnelles par défaut, quel que soit le pays du titulaire.

Ce qui reste public :

  • le nom du bureau d’enregistrement ;
  • les dates de création, de mise à jour et d’expiration ;
  • les statuts EPP ;
  • les serveurs de noms ;
  • le nom de l’organisation, lorsque le titulaire est une personne morale — une entreprise n’est pas protégée par le RGPD au même titre qu’un individu.

Ce qui a disparu dans la plupart des cas : nom, adresse, téléphone et e-mail des contacts personnes physiques. À la place, beaucoup de registres publient une adresse de relais qui transmet les messages au titulaire sans révéler son adresse réelle.

Il faut le dire clairement : le masquage n’est pas un défaut de l’outil. Un WHOIS qui n’affiche pas le nom du propriétaire d’un .com fait exactement ce qu’il doit faire — le registre ne le publie plus.

Le cas marocain

Les domaines .ma sont administrés par l’ANRT, qui expose un serveur WHOIS classique sur whois.registre.ma, port 43. Il n’y a pas de service RDAP pour l’extension marocaine à ce jour.

Les champs publiés sont fixés par la réglementation : nom de domaine, nom du titulaire, prestataire, dates de création, d’expiration et de dernière mise à jour, statut, coordonnées des contacts administratif et technique, serveurs de noms. Le titulaire peut toutefois demander à son prestataire de ne pas publier ses données personnelles ni le téléphone et l’e-mail de son contact administratif — et certains noms apparaissent avec la mention « anonyme » au champ titulaire. Un .ma sans coordonnées visibles n’est donc pas forcément un défaut de collecte : c’est souvent un choix du titulaire.

Le registre en sait plus qu’il n’en publie. La base de l’ANRT contient aussi l’identifiant du titulaire — numéro de carte d’identité nationale pour une personne physique, numéro de registre de commerce ou ICE pour une personne morale — qui n’apparaît jamais dans le WHOIS. Un tiers peut demander à l’Agence des données sur un domaine ou son titulaire par requête motivée ; c’est elle qui juge de la recevabilité. La levée d’anonymat existe donc, mais elle passe par une procédure, pas par une requête WHOIS.

Dans l’autre sens, le titulaire a une obligation qu’on oublie volontiers : vérifier que ce qui est publié le concernant est complet et exact, et le faire corriger par son prestataire sinon. Des données erronées au WHOIS sont un motif de blocage, puis de suppression.

En pratique, cela veut dire qu’un outil qui veut couvrir correctement le .ma ne peut pas se contenter de RDAP : il lui faut aussi un client TCP et un analyseur du format marocain. C’est précisément la raison pour laquelle beaucoup d’outils internationaux rendent des résultats incomplets, voire faux, sur les domaines marocains — ils interrogent l’annuaire RDAP de l’IANA, n’y trouvent rien pour .ma, et concluent que le domaine est disponible.

Le même raisonnement vaut pour ‎.المغرب, la version en caractères arabes du ccTLD marocain. Elle est servie par le même registre, donc par le même serveur WHOIS — mais son nom en punycode (xn--mgbc0a9azcg) doit être connu de l’outil pour que la requête aboutisse.

Comment savoir lequel a répondu

Notre outil interroge RDAP en priorité et bascule sur le WHOIS TCP pour les extensions qui n’ont pas de service RDAP, .ma en tête. Le protocole réellement utilisé est indiqué en bas de chaque fiche de résultat, dans le champ Source.

C’est une information utile en cas de doute sur un résultat : une réponse whois sur une extension exotique vaut la peine d’être recoupée, là où une réponse rdap provient d’un service structuré qui laisse peu de place à l’erreur d’interprétation.

Pourquoi une requête échoue parfois

Le port 43 n’a ni code de statut, ni format d’erreur. Quand quelque chose se passe mal, vous n’obtenez pas un « 429 » explicite : vous obtenez une réponse vide, une connexion coupée, ou rien du tout jusqu’à expiration du délai. C’est la faiblesse structurelle du protocole, et elle explique la plupart des résultats incohérents qu’on observe d’un outil à l’autre.

La cause la plus fréquente est le plafonnement par adresse IP. Les registres limitent le nombre de requêtes par minute et par source, et sanctionnent les dépassements en ignorant purement et simplement les paquets suivants — sans message. Une même recherche peut donc réussir depuis votre poste et échouer depuis un serveur hébergé, uniquement parce que l’IP du serveur a été bridée.

Deux réflexes en découlent. Un délai dépassé ne signifie pas qu’un domaine est disponible : c’est une absence de réponse, pas une réponse négative, et un outil sérieux doit les distinguer. Et si vos requêtes échouent en série depuis une seule machine alors qu’elles aboutissent ailleurs, cherchez du côté du plafonnement avant de conclure à une panne du registre.

Faut-il encore utiliser le WHOIS ?

On ne choisit pas : c’est l’extension qui décide. Tant qu’un registre n’expose pas de RDAP, le port 43 reste le seul canal, et il n’est pas près de disparaître — plusieurs dizaines de ccTLD sont dans ce cas, dont le .ma.

Ce qu’il faut en retenir pour un usage quotidien :

  • une réponse RDAP est structurée, donc plus fiable à interpréter ;
  • une réponse WHOIS peut être partielle sans que ce soit une erreur : le registre publie ce qu’il veut, dans le format qu’il veut ;
  • l’absence de coordonnées personnelles est la norme depuis 2018, pas une anomalie ;
  • pour un domaine marocain, mieux vaut un outil qui interroge registre.ma directement qu’un outil international qui n’en a pas les moyens.