Les statuts EPP d’un nom de domaine, décodés

Un WHOIS affiche des statuts en anglais qui ressemblent à du jargon. Ils décrivent pourtant précisément ce que vous pouvez et ne pouvez pas faire de votre domaine. Voici comment les lire.

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Vous consultez le WHOIS d’un domaine et vous tombez sur une ligne de ce genre :

Status: clientTransferProhibited https://icann.org/epp#clientTransferProhibited
Status: clientDeleteProhibited https://icann.org/epp#clientDeleteProhibited

Ce n’est pas du bruit technique. Ces mots décrivent l’état juridique et opérationnel exact du domaine : ce qu’on peut en faire, ce qui est verrouillé, et parfois qu’il est en train de vous échapper. Les ignorer, c’est découvrir trop tard qu’un transfert est bloqué la veille d’une migration, ou qu’un domaine est entré en période de rachat.

D’où viennent ces statuts

EPP — Extensible Provisioning Protocol — est le protocole que les bureaux d’enregistrement utilisent pour dialoguer avec les registres. Chaque opération sur un domaine (création, transfert, suppression, renouvellement) passe par lui, et chaque domaine porte à tout instant un ou plusieurs statuts EPP qui décrivent son état.

Ces statuts sont normalisés par l’ICANN, ce qui veut dire qu’ils ont le même sens sur un .com, un .fr ou un .ma. C’est leur principal intérêt : une fois la grille comprise, elle se lit partout.

La distinction qui change tout : client ou server

C’est le point que presque tout le monde manque au premier abord. Beaucoup de statuts existent en deux versions, qui ne se traitent pas du tout de la même façon :

  • client… — le verrou a été posé par votre bureau d’enregistrement. Vous pouvez généralement le lever vous-même depuis votre espace client, ou en le demandant au support.
  • server… — le verrou a été posé par le registre lui-même. Votre bureau d’enregistrement ne peut rien y faire. Ces statuts accompagnent souvent une procédure en cours, un litige, ou une protection renforcée souscrite volontairement.

Voir clientTransferProhibited sur son propre domaine est normal et souhaitable. Voir serverTransferProhibited sans l’avoir demandé mérite un appel au registre.

Les statuts de fonctionnement normal

StatutCe qu’il signifie
okAucune restriction particulière. C’est l’état par défaut.
activeDomaine actif et fonctionnel auprès du registre.
inactiveAucun serveur de noms déclaré — le domaine ne résout pas.

inactive est le seul des trois qui doive alerter. Il ne signifie pas que le domaine est perdu, mais qu’aucun serveur DNS n’y est rattaché : le site et les e-mails ne fonctionnent pas, quoi qu’il y ait derrière. C’est fréquent juste après un enregistrement, avant la configuration.

Les verrous de protection

Ce sont les plus courants, et ce sont de bonnes nouvelles.

StatutEffet
clientTransferProhibitedTransfert vers un autre bureau d’enregistrement bloqué.
clientDeleteProhibitedSuppression impossible sans action explicite du titulaire.
clientUpdateProhibitedModifications du domaine bloquées.
serverTransferProhibitedTransfert verrouillé par le registre. Protection renforcée.
serverDeleteProhibitedSuppression bloquée par le registre.
serverUpdateProhibitedModifications bloquées par le registre.

Un domaine qui porte les trois verrous client… est un domaine bien protégé contre le détournement. C’est la configuration qu’on attend sur un nom stratégique : personne ne peut le transférer, le supprimer ni modifier ses serveurs de noms sans passer par une authentification explicite.

En pratique : si vous préparez une migration vers un autre bureau d’enregistrement, clientTransferProhibited doit être levé avant de demander le code d’autorisation. Prévoyez-le : certains supports mettent 24 à 48 heures à traiter la demande.

Les statuts qui doivent inquiéter

StatutEffet
clientHoldDomaine désactivé par le bureau d’enregistrement — il n’est plus résolu dans le DNS.
serverHoldDomaine désactivé par le registre — même effet, décision plus lourde.
clientRenewProhibitedRenouvellement bloqué : le domaine ne pourra pas être renouvelé.
serverRenewProhibitedIdem, imposé par le registre.

clientHold et serverHold sont les seuls statuts qui coupent réellement le service. Un domaine en hold ne résout plus : le site est injoignable, les e-mails rebondissent, et cela n’a rien à voir avec votre hébergement. Les causes habituelles sont une facture impayée, une vérification d’identité non aboutie, ou un signalement d’abus.

Un renewProhibited non demandé est tout aussi sérieux : il annonce que le domaine ira à expiration sans possibilité de le retenir.

Les statuts d’opération en cours

Ceux-là sont temporaires. Ils signalent qu’une demande est en train d’être traitée par le registre.

StatutOpération
pendingCreateCréation en cours.
pendingRenewRenouvellement en cours.
pendingUpdateModification en cours.
pendingTransferTransfert en cours entre deux bureaux d’enregistrement.
pendingDeleteSuppression en cours.
pendingRestoreDemande de restauration après suppression en cours.

pendingTransfer est celui qu’il faut surveiller. S’il apparaît sur un de vos domaines sans que vous ayez lancé de transfert, quelqu’un est en train d’essayer de le déplacer. La plupart des registres laissent une fenêtre de refus de quelques jours — au-delà, le transfert est validé par défaut.

Le cycle de fin de vie

C’est la partie où l’on perd des domaines, et elle mérite d’être connue avant d’en avoir besoin.

  1. autoRenewPeriod — le domaine vient d’être renouvelé automatiquement. Une annulation avec remboursement reste possible pendant cette fenêtre.
  2. redemptionPeriod — le domaine a été supprimé. Le titulaire peut encore le récupérer, mais au prix fort : la restauration coûte typiquement plusieurs fois le prix d’un renouvellement.
  3. pendingDelete — la période de rachat est terminée. Le domaine part à la suppression définitive et redeviendra disponible à l’enregistrement.

Une fois pendingDelete atteint, il n’y a plus rien à faire à part attendre la libération — et espérer être plus rapide que les autres. C’est précisément ce que surveillent les services de drop catching.

Les autres statuts de période — addPeriod, renewPeriod, transferPeriod — signalent simplement qu’une opération vient d’avoir lieu et qu’une fenêtre d’annulation ou de contestation court encore.

Le cas des domaines .ma

Les domaines marocains sont gérés par l’ANRT via registre.ma. Bonne nouvelle : leur WHOIS publie la nomenclature EPP standard, avec les mêmes liens vers icann.org/epp que n’importe quel .com. Interrogez un .ma et vous lirez active, ou clientTransferProhibited — les statuts décrits ci-dessus, sans variante locale à apprendre.

En coulisse, la réglementation marocaine raisonne pourtant avec son propre vocabulaire, que votre prestataire emploiera peut-être au téléphone. La correspondance est simple :

Terme de l’ANRTCe que vous verrez / ce que cela veut dire
Actifactive. Tout est possible.
GeléLe domaine reste publié, mais le prestataire ne peut plus rien y modifier techniquement. C’est l’état d’un domaine expiré ou en cours de changement de prestataire.
BloquéRetiré des serveurs DNS tout en restant au registre : le site tombe. Mesure décidée par l’ANRT.
ExpiréL’échéance est atteinte ; la grâce d’expiration court.
RésiliéRésilié par le titulaire, le prestataire ou l’ANRT, pas encore réattribué.
SuppriméSorti du registre et du WHOIS. Le nom est libre.

Une cause de gel propre au .ma mérite d’être connue : un domaine visé par une plainte ou par un litige est gelé pendant toute la procédure — plainte auprès de l’ANRT, procédure alternative de résolution de litiges, ou saisine d’un tribunal marocain porté à la connaissance de l’Agence. Le nom continue de résoudre, mais plus rien n’y est modifiable, et cela peut durer des mois. Un domaine subitement figé sans explication de votre prestataire mérite donc une question directe : y a-t-il une procédure en cours ?

Le .ma connaît aussi deux niveaux de verrou là où l’EPP n’en montre qu’un : le verrouillage-prestataire, que votre prestataire lève quand il veut, et le verrouillage-registre, posé par l’ANRT à la demande du prestataire, qui bloque toute mise à jour et dont la levée est facturée. Un domaine qui refuse obstinément toute modification malgré un prestataire coopératif est probablement dans le second cas.

En revanche, le canal diffère. Là où un .com s’interroge en RDAP, un .ma passe par le WHOIS historique du registre marocain. C’est transparent pour vous — notre outil bascule automatiquement selon l’extension — mais cela explique que les champs disponibles ne soient pas toujours strictement les mêmes d’une extension à l’autre.

Une différence de fond mérite d’être signalée : le cycle de fin de vie décrit plus haut est celui des extensions génériques. Le .ma ne prévoit aucune période de rachat à tarif majoré après suppression. Après l’expiration viennent 30 jours de grâce, domaine gelé ; passé ce délai, le nom est systématiquement renouvelé pour un an et facturé. Il ne se libère donc pas tout seul : il faut une résiliation explicite, qui ouvre à son tour 30 jours pendant lesquels le titulaire peut encore le réenregistrer.

Les habitués du redemptionPeriod des .com doivent retenir l’essentiel à l’envers de leur intuition : sur un .ma, le risque n’est pas tant de perdre le nom que de continuer à le payer. La procédure complète est détaillée dans notre guide sur le transfert d’un domaine .ma.

Comment lire les statuts de votre domaine

La méthode la plus rapide : interrogez-le et lisez la section « Statuts EPP », où chaque code est accompagné de sa signification et de son impact.

Trois réflexes utiles :

  • Vérifiez avant de reprendre un domaine existant. Un redemptionPeriod ou un pendingDelete change complètement la nature de l’opération. Sur un .ma, rappelez-vous en outre que la revente est interdite : un nom « à vendre » est un nom que l’ANRT peut supprimer sans délai.
  • Vérifiez avant de lancer un transfert. Le verrou se lève en amont, pas au milieu de la procédure.
  • Vérifiez si votre site est injoignable sans raison apparente. Un hold se voit immédiatement dans le WHOIS et fait gagner des heures de diagnostic côté serveur, où il n’y a rien à trouver.