Le .ma est le domaine national du Maroc. Il est administré par l’ANRT
(Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications), qui tient le
registre via registre.ma. Contrairement à un .com qu’on achète en trois
clics chez n’importe quel revendeur, le .ma obéit à une procédure encadrée —
qui reste rapide, mais dont il vaut mieux connaître les points de blocage
avant de s’y engager.
Les éléments de procédure et les délais cités dans ce guide proviennent de la décision ANRT/DG/N°02/2024 du 5 février 2024, publiée au Bulletin officiel n°7280 du 7 mars 2024 — le texte en vigueur. Les pages d’aide de
registre.madécrivent encore, par endroits, les délais du régime précédent ; nous retenons la décision. Les délais sont en jours ouvrables. Les tarifs, eux, sont fixés librement par chaque prestataire : nous n’en citons aucun, ils varient d’un acteur à l’autre et dans le temps.
Étape 1 — Vérifier que le nom est libre
Un nom de domaine est unique : le premier dossier complet déposé l’emporte. Avant toute démarche, vérifiez la disponibilité du nom souhaité — et prévoyez une ou deux variantes de repli, parce qu’un nom court et évident sur un marché actif a de bonnes chances d’être déjà pris.
C’est aussi le moment de vérifier que le nom ne pose pas de problème de marque. L’ANRT distingue clairement les deux régimes : réserver un nom de domaine ne confère aucun droit sur une marque, et inversement, une marque déposée peut fonder une contestation contre un nom de domaine. Une vérification rapide auprès de l’OMPIC évite une mauvaise surprise à plusieurs mois d’échéance.
Étape 2 — Choisir un prestataire accrédité
Il n’est pas possible d’enregistrer un .ma en direct auprès de l’ANRT.
La commercialisation passe exclusivement par des prestataires accrédités, qui
ont signé une convention avec l’Agence. La liste officielle est publiée sur
registre.ma.
Ce que la convention impose au prestataire — et que vous êtes donc en droit d’exiger :
- vous prévenir au moins 30 jours avant l’expiration de votre domaine, et vous rappeler ensuite la date de fin de la période de grâce ;
- vous assister pour l’enregistrement, le renouvellement, la résiliation, le transfert et la mise à jour de vos informations ;
- vous remettre le code d’autorisation sous deux jours ouvrables si vous le demandez, et désactiver les verrous du domaine dans le même mouvement ;
- vous informer immédiatement de tout gel, blocage ou suppression décidé par l’ANRT, avec le motif.
Ces obligations sont réglementaires, pas commerciales : un prestataire qui traîne au-delà de deux jours ouvrables sur le code d’autorisation sort du cadre, et l’ANRT peut alors vous transmettre le code directement. La décision ne dit en revanche rien du prix de cette remise — certains prestataires s’engagent contractuellement à la fournir gratuitement, d’autres non. C’est un point à vérifier dans les conditions particulières avant de choisir.
Deux autres garanties, moins connues, sont opposables :
- Tout prestataire doit rendre ses tarifs et ses conditions générales publics. Un acteur dont la grille n’est pas consultable sans ouvrir un compte ne respecte pas ses obligations — et c’est un signal en soi.
- Il doit vous inviter au moins une fois par an à vérifier et mettre à jour les coordonnées du titulaire et des contacts. Si vous n’avez jamais reçu cette sollicitation, considérez que la vérification vous incombe entièrement.
Enfin, un critère technique qu’on peut contrôler de l’extérieur : pour être déclaré, un prestataire doit exploiter une plateforme DNS sécurisée, joignable 24h/24, composée d’au moins deux serveurs DNS dont au moins un hébergé au Maroc. Les serveurs de noms qu’il vous attribue sont publics — rien n’empêche de regarder où ils répondent avant de signer.
Étape 3 — Choisir la bonne extension
Le .ma s’utilise seul, mais il existe aussi des extensions descriptives, qui
ne se valent pas :
| Extension | Vocation | Régime |
|---|---|---|
.ma | Usage général | Ouverte, enregistrement immédiat. |
.co.ma | Organismes commerciaux | Ouverte. |
.net.ma | Prestataires Internet | Ouverte. |
.org.ma | Organisations et associations | Ouverte. |
.gov.ma | Organismes gouvernementaux | Examen préalable de l’ANRT. |
.ac.ma | Académies et établissements d’enseignement agréés | Examen préalable de l’ANRT. |
.press.ma | Agences de presse agréées | Examen préalable de l’ANRT. |
La colonne « vocation » décrit l’usage prévu par l’ANRT ; elle n’est
contraignante que pour les trois dernières lignes. Rien ne vous empêche
techniquement de prendre un .net.ma sans être prestataire Internet — mais
l’extension raconte quelque chose de vous, autant qu’elle dise vrai.
Pour .gov.ma, .ac.ma et .press.ma, il faut prouver que vous relevez de
la catégorie. Prévoyez les justificatifs avant de déposer : le délai pour
les fournir est court (voir l’étape 5).
Le même examen préalable s’applique à tout nom qui reprend, imite ou prête à confusion avec un terme réservé.
Attention à la façon de lire cette liste. L’ANRT en publie une sur le site du registre, mais elle est explicitement indicative et non exhaustive : l’absence d’un terme n’est pas un motif d’acceptation. La règle de fond est plus large que la liste — le nom du Royaume, de ses institutions nationales et de ses services publics, seuls ou associés à des mots qui y renvoient directement ou indirectement, sont réservés aux institutions concernées.
Un second registre d’interdiction existe, celui-là sans aucune liste : un nom ne doit pas porter atteinte à l’intégrité territoriale du Royaume, à la sûreté nationale, à l’ordre public, à la morale, à la religion, à la langue, à la culture ou aux opinions politiques, ni comporter de termes à connotation raciste. Ces noms peuvent être bloqués ou supprimés à tout moment, sans dédommagement.
Ce que le nom peut contenir
Les caractères autorisés sont fixés par le cadre, et ils réservent deux surprises :
- les lettres
aàz, majuscules et minuscules indifféremment ; - les lettres accentuées
à â ç è é ê ë î ï ô ù û ü ÿ— oui, un.maaccentué est enregistrable. Il est converti au registre en son équivalent ASCII commençant parxn--; - les chiffres
0à9; - le trait d’union, sauf en 3ᵉ et 4ᵉ position —
ex--empleest refusé. Cette restriction n’est pas arbitraire : c’est cette séquence qui signale un nom converti, et elle est réservée à cet usage.
Sont refusés : les noms d’un seul caractère, ceux de plus de 63 caractères, ceux qui commencent ou finissent par un trait d’union, et ceux qui contiennent une espace.
Deux réserves utiles à connaître : l’ANRT peut ouvrir l’enregistrement des noms à un caractère selon des conditions qu’elle publie, et les noms à deux caractères peuvent relever d’une tarification spécifique. Si vous visez un nom très court, posez la question du tarif avant de bâtir dessus.
Le même principe vaut pour l’extension arabe .المغرب, avec son propre
alphabet autorisé et ses groupes de caractères similaires — c’est un sujet à
part entière, traité dans notre glossaire à l’entrée IDN.
Étape 4 — Réunir les informations du titulaire
Le prestataire vous demandera trois blocs d’informations :
- Le titulaire — nom de la personne ou de l’organisation au nom de laquelle le domaine est enregistré, avec téléphone, adresse postale et adresse e-mail valides.
- Le contact administratif — nom complet de la personne physique, avec ses coordonnées. Ce doit être une personne physique établie au Maroc. Si vous êtes vous-même une personne physique établie au Maroc, vous pouvez être votre propre contact administratif. Attention : ce contact n’a aucun droit sur le domaine, il ne devient pas titulaire.
- Le contact technique — idem.
Le nom doit être en rapport avec vos missions ou vos activités. Ce n’est pas une recommandation de style : c’est une obligation du titulaire, et elle fonde le droit de l’ANRT de bloquer un nom déposé pour être mis en réserve ou pour exploiter la notoriété d’un tiers. Déposer des variantes défensives de sa propre marque reste légitime ; constituer un portefeuille de noms sans rapport avec son activité ne l’est pas.
Décidez du titulaire avant de commander, pas après. C’est le point le plus souvent bâclé, et celui qui coûte le plus cher à corriger. Un domaine enregistré au nom du prestataire, du prestataire informatique ou d’un salarié n’appartient pas à l’entreprise : le récupérer ensuite suppose une procédure de transfert volontaire, avec la signature de la personne concernée. Beaucoup de litiges commencent là.
L’adresse e-mail du titulaire est critique. C’est le canal direct entre l’ANRT et vous : c’est notamment à cette adresse qu’est envoyé le code d’autorisation en cas de changement de prestataire. Une adresse invalide vous coupe de votre propre domaine. Le règlement va plus loin : vous êtes contractuellement tenu de maintenir vos coordonnées à jour, et l’ANRT a le droit de supprimer un domaine dont les coordonnées sont incorrectes.
Étape 5 — Activation
Votre prestataire transmet la demande à l’Agence.
- Nom sans examen préalable : l’enregistrement est automatique et l’activation immédiate, pour la durée demandée — de 1 à 5 ans.
- Nom nécessitant un examen préalable : il est enregistré mais reste en attente d’activation. Votre prestataire doit joindre le formulaire dédié et les éléments démontrant votre droit sur le nom dans un délai maximum de trois jours ouvrables à compter du dépôt — au-delà, la demande est considérée comme annulée. L’ANRT statue ensuite dans les cinq jours ouvrables suivant la réception de ces éléments, sauf si elle sollicite un avis externe, auquel cas le délai court jusqu’à réception de cet avis. Si les éléments manquent ou ne la convainquent pas, la demande est rejetée et le nom redevient disponible pour tout le monde.
Trois jours ouvrables, c’est court. En pratique, cela veut dire que les justificatifs doivent être prêts au moment de la commande, pas réunis après.
Une fois activé, le domaine apparaît immédiatement dans la base WHOIS du registre. Vérifiez-y que vous êtes bien enregistré comme titulaire : c’est le seul contrôle qui fait foi, et il prend dix secondes.
Un enregistrement validé n’est pas définitif pour autant. L’ANRT se réserve deux mois après l’enregistrement pour annuler un nom qui prête à confusion, met en cause ou comporte un terme réservé, si le titulaire ne démontre pas son droit dessus. Vous pouvez utiliser le domaine pendant ce délai, mais sous votre entière responsabilité et sans prétendre à un dédommagement en cas d’annulation. Autant ne pas bâtir une campagne de lancement sur un nom litigieux.
Le piège qui n’a pas de solution
Une faute de frappe dans le nom de domaine ne peut pas être corrigée. Ce n’est pas une lenteur administrative, c’est une impossibilité : le registre ne renomme pas un domaine. Il faut enregistrer le nom correct — et le payer une seconde fois.
Relisez le nom caractère par caractère avant de valider la commande. Un tiret
oublié, un s en trop, et vous repartez de zéro.
Après l’enregistrement
Trois choses à mettre en place dans la foulée, pendant que le sujet est frais :
- Configurer les serveurs de noms. Tant qu’aucun DNS n’est déclaré, le
domaine porte le statut
inactiveet ne résout pas : ni site, ni e-mail. - Noter la date d’expiration ailleurs que dans la boîte e-mail qui recevra
le rappel. Le rappel arrive au moins 30 jours avant ; un changement de poste
ou un filtre anti-spam suffit à le manquer — et sur le
.ma, oublier une échéance ne libère pas le nom, cela déclenche un renouvellement d’office d’un an, facturé. - Configurer l’authentification e-mail. Un domaine neuf sans SPF ni DMARC est immédiatement exploitable pour usurper votre identité, et vos premiers e-mails partiront en indésirable.
Combien ça coûte
Il faut distinguer deux étages. L’ANRT facture le prestataire pour chaque opération sur le registre, selon un barème réglementaire — c’est un coût de gros, identique pour tout le monde. Le prix que vous payez, lui, est fixé librement par chaque prestataire, qui y ajoute sa marge et ses services. D’où des écarts parfois importants d’un acteur à l’autre pour exactement le même nom.
Conséquence pratique : un tarif très bas n’est pas suspect en soi, puisque le coût de gros est commun. Ce qui distingue les offres, c’est ce qu’il y a autour. Comparez sur la liste officielle, et regardez trois choses au-delà du prix affiché :
- le tarif de renouvellement, souvent plus élevé que celui de la première année ;
- ce qui est inclus — DNS, redirection, certificat, boîtes e-mail ;
- la réactivité du support, qui devient le seul critère qui compte le jour où vous avez besoin d’un code d’autorisation sous deux jours ouvrables.