Le .المغرب, extension arabe du Maroc : ce qui existe déjà

Le Maroc a une seconde extension nationale, en caractères arabes. Elle est déléguée, servie par les mêmes serveurs que le .ma et encadrée par un règlement précis — mais le registre ne la documente pas encore publiquement. Voici ce qui est vérifiable aujourd’hui, et ce qui ne l’est pas.

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Le Maroc n’a pas une extension nationale, il en a deux. À côté du .ma, le .المغرب — « al-Maghrib », le Maroc en arabe — est un ccTLD à part entière, administré par la même agence.

C’est un sujet où circulent beaucoup d’approximations, parce que la documentation publique du registre n’en parle pas. Cette page s’en tient donc à deux catégories strictement séparées : ce qui est vérifiable aujourd’hui, et ce qui ne l’est pas.

Sources : la décision ANRT/DG/N°02/2024 du 5 février 2024 (Bulletin officiel n°7280 du 7 mars 2024) pour le cadre, et des vérifications techniques faites le 29 octobre 2026 pour l’état réel de la délégation.

Ce qui est vérifiable : l’extension existe et elle est déléguée

Interrogez la racine de l’Internet, et le .المغرب répond.

Son nom technique est xn--mgbc0a9azcg — la forme punycode, c’est-à-dire la traduction en caractères latins que les serveurs DNS savent manipuler. La base de l’IANA l’attribue à l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications, et la zone est servie par les serveurs a.tld.ma à f.tld.ma : exactement les mêmes que le .ma.

domain:       المغرب
domain-ace:   XN--MGBC0A9AZCG
organisation: Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT)
nserver:      A.TLD.MA …

Autrement dit, l’infrastructure n’est pas un projet : elle est en place, et elle est mutualisée avec celle du .ma.

Ce qui est vérifiable : le règlement est écrit

La décision de 2024 ne traite pas le .المغرب comme une annexe. Elle le place au même rang que le .ma dès son article sur les zones de nommage, et lui consacre ses propres règles de syntaxe et deux annexes entières.

L’alphabet autorisé

Un nom en .المغرب ne peut être composé que de :

  • les lettres arabes figurant sur une liste close, annexée à la décision — trente-six caractères, de ء à ي ;
  • les chiffres latins 0 à 9 ;
  • les chiffres arabo-indiens ٠ à ٩ ;
  • le trait d’union, sauf en 3ᵉ et 4ᵉ position.

Comme pour un .ma accentué, le nom est converti au registre en son équivalent ASCII commençant par xn--. Les mêmes interdictions s’appliquent : pas de nom d’un seul caractère, pas plus de 63 caractères, ni trait d’union en début ou en fin, ni espace.

Les groupes de caractères similaires

C’est la partie la plus intéressante, et elle n’a pas d’équivalent côté .ma.

L’arabe comporte des lettres que l’œil confond, et qui serviraient donc à usurper un nom existant. Le même problème existe en latin — le fameux rn qui imite un m — mais il est plus aigu ici, parce que certaines variantes sont sémantiquement équivalentes dans l’usage courant.

La décision définit donc des groupes de caractères similaires :

GroupeCaractères
ALEFآ أ إ ا
HEHه ة
YEHي ى
Chiffres0 et ٠, 1 et ١, et ainsi de suite

Dire que deux caractères sont « similaires » n’est pas une remarque typographique : c’est la base sur laquelle un nom trop proche d’un autre peut être refusé ou contesté. Pour un déposant, la conséquence pratique est qu’il ne sert à rien de déposer les variantes d’alef de son propre nom « pour se protéger » — elles ne sont pas traitées comme des noms distincts.

La période d’enregistrement prioritaire

Avant l’ouverture au principe du « premier arrivé, premier servi », la décision prévoit une période d’enregistrement prioritaire réservée à deux catégories :

  • les organismes gouvernementaux ;
  • les titulaires de marques protégées au Maroc.

Les modalités et la date de lancement de cette période sont fixées par l’ANRT et publiées sur son site.

Ce qui n’est pas vérifiable : l’ouverture au public

Et c’est là qu’il faut être honnête, parce que c’est la question que tout le monde se pose.

Le site du registre ne documente pas le .المغرب. Ses pages sur les extensions descriptives, les conditions, l’enregistrement et la gestion ne parlent que du .ma. Le vérificateur de disponibilité qu’il propose porte sur le .ma.

Le WHOIS du registre ne répond pas pour cette extension. Une interrogation de whois.registre.ma sur un nom en xn--mgbc0a9azcg ne rend aucun enregistrement — ce qui peut signifier qu’aucun nom n’existe encore, ou que le service WHOIS ne couvre pas la zone. Les deux lectures sont possibles, et rien dans ce que publie le registre ne permet de trancher.

Nous ne savons donc pas, à la date de cette page, si la période prioritaire de l’article 59 a eu lieu, est en cours, ou reste à venir. Toute source qui l’affirme sans citer une publication de l’ANRT avance plus que ce que les faits permettent.

Comment vérifier vous-même, le jour où la question se pose :

  1. chercher une annonce sur le site de l’ANRT, qui est l’endroit où les modalités doivent être publiées ;
  2. demander à un prestataire accrédité — ce sont eux qui commercialisent, et ils seraient les premiers informés ;
  3. interroger le WHOIS du registre sur un nom en .المغرب. Le jour où il rend des enregistrements, la zone est peuplée.

Les pièges d’un nom en caractères arabes

Décider de déposer en .المغرب suppose de connaître trois frictions qui n’ont rien de théoriques, et qui valent pour tous les noms de domaine internationalisés.

L’affichage dépend du logiciel. Un navigateur affiche en général le nom en arabe dans la barre d’adresse ; un client de messagerie, un terminal, un fichier de log ou un panneau d’administration afficheront souvent la forme xn--…. Ce n’est pas un bug : c’est la même adresse, écrite dans la forme que le réseau transporte. Prévoyez que vos équipes verront les deux, et documentez la correspondance quelque part.

L’e-mail est le maillon faible. Avoir un domaine en caractères arabes ne garantit pas qu’une adresse contact@ sur ce domaine sera acceptée partout. La prise en charge des adresses internationalisées reste inégale d’un fournisseur à l’autre, et un formulaire web qui valide les adresses avec une expression régulière écrite pour l’ASCII rejettera la vôtre. Pour un usage professionnel, l’approche prudente consiste à garder le courrier sur le domaine latin et à réserver l’arabe à l’affichage.

Le copier-coller n’est pas neutre. C’est la conséquence directe des groupes de caractères similaires vus plus haut : deux chaînes qui se ressemblent à l’écran peuvent être des suites d’octets différentes. Quand vous transmettez un nom à votre prestataire, transmettez-le sous sa forme punycode en plus de la forme arabe. C’est moins élégant, et cela supprime toute ambiguïté.

Si vous détenez une marque au Maroc

Une seule chose à faire aujourd’hui : surveiller l’annonce. Si la période prioritaire est encore à venir, elle vous est destinée, et elle sera par définition courte. Les titulaires de marques qui la manquent se retrouvent ensuite dans le régime commun, où un tiers peut déposer avant eux — à charge pour eux de contester après coup, ce qui est toujours plus long et plus cher que de déposer à temps.

Si le nom que vous visez est déjà pris quand vous arrivez, la voie n’est pas l’offre de rachat : la revente d’un nom de domaine est interdite sur les extensions gérées par l’ANRT. C’est la procédure alternative de résolution de litiges qui s’applique, et elle couvre explicitement les marques protégées au Maroc.

Ce que cela change pour les outils

Un point technique qui explique beaucoup de résultats erronés vus ailleurs.

Un outil qui veut couvrir le .المغرب doit connaître sa forme punycode. Un utilisateur qui saisit un nom en caractères arabes attend une réponse ; un outil qui transmet la chaîne Unicode brute à un serveur WHOIS n’obtiendra rien, et beaucoup concluent alors « domaine disponible » — la pire des réponses fausses, puisqu’elle pousse à déposer un nom qui existe peut-être déjà.

La conversion doit se faire dans les deux sens : accepter la saisie en arabe comme en punycode, et réafficher le nom sous sa forme lisible. C’est le même mécanisme que pour un .ma accentué, où café.ma devient xn--caf-dma.ma.

Et le détail qui boucle la boucle : c’est précisément pour cela que le trait d’union est interdit en 3ᵉ et 4ᵉ position, en arabe comme en latin. Cette séquence est réservée au préfixe xn--, qui signale un nom converti. L’y autoriser ailleurs rendrait impossible de distinguer un nom encodé d’un nom ordinaire.